“Pour moi, le bilan de deux années de gestion du Pr. Alpha Condé est positif”, dixit le secrétaire général du RPG arc-en-ciel.
Au cours d’une interview qu’il nous a accordée, le patron du parti au pouvoir est largement revenu sur le bilan de deux ans de gestion de pouvoir du Chef de l’Etat Guinéen. Il s’est prononcé sur des nombreux sujets d’actualité notamment le départ des anciens alliés du RPG arc-en-ciel, la faillite de la SOTELGUI, la fermeture de l’Usine de Fria, le comportement des administrateurs territoriaux, les préparatifs des élections législatives, …
Lisez l’intégralité de l’interview:
Aminata.com: quel bilan faites-vous de deux ans de gestion de pouvoir du Président de la République?
Saloum Cissé: quand nous parlons de bilan, il s’agit de dégager deux types de bilan: le bilan politique et le bilan économique. Pour moi, le bilan de deux années de gestion du Pr. Alpha Condé est positif. En ce sens que, quand nous prenons le cadre politique en première position, nous avons trouvé un pays désarticulé dans le sens horizontal et vertical. Dans le cadre horizontal, l’économie était complètement à terre. Tous les secteurs de l’économie étaient au feu rouge. Comme il a dit lui même, le pays était dans un trou. Il fallait d’abord tirer le pays de ce trou, le faire revenir à la surface avant de commencer les premiers pas du développement. C’est ce qui fut fait, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas. La réalité économique aujourd’hui est très convaincante. En ce sens que la Guinée était presque en cessation de paiement mais aujourd’hui, nous sommes tous conscients non seulement les fonctionnaires gagnent leur salaire à temps mais aussi beaucoup de secteurs sont maintenant redressés. Quand nous prenons le cadre économique, je peux vous dire que, si déjà avec les institutions philanthropiques, nous sommes aujourd’hui avec le 10ème FED qui est donné, ce que il y a des critères rigoureux qui ont été quand même exaucés par le gouvernement. Le fait d’obtenir le PPTE, le 10ème FED, ce sont des acquis qui prouvent effectivement qu’il y a eu quelque chose de faits. Ce que je peux dire en conclusion à ce niveau. Ce que il ne s’agit de spéculer politiquement mais il s’agit de voir la réalité en face. Ce qui est plus regrettable, les gens qui ont mis ce pays à genoux dans tous les sens. Ce sont ces mêmes personnes aujourd’hui qui se permettent de faire de critiques acerbes. Or, ils sont à la base de toutes les désarticulations socio-économiques du pays, ce qui est très regrettable. Ce que nous demandons, après la mise en place de l’assemblée, la vérité historique soit établie. Cette vérité historique ne peut pas être établie sans que le diagnostic général économique ne soit fait. Il faut que ce diagnostic soit fait pour savoir qui a fait quoi? Qui peut répondre à quoi?
Vous avez dressé un bilan positif, maintenant dites-nous ce qui n’a pas marché?
De toutes les façons, un pays désarticulé, tout ne peut pas marcher en même temps. Pour le moment tous les secteurs qui nécessitent un financement extérieur n’ont pas marché. Vous savez que pour le financement extérieur, il y a des conditionnalités à remplir. Quand je prends par exemple, le secteur routier, qui est adossé au financement extérieur. Moi je reconnais que ce secteur routier, il y a eu un manque à gagner. Il y a eu des efforts mais qui ne sont pas suffisants. Parce que nous avons actuellement, vraiment des routes impraticables. Ce sont ces routes qui représentent le nerf de l’économie au point de vue par exemple d’évacuation des produits agricoles. Donc, je reconnais que cet aspect n’a pas marché parce que le financement extérieur ne pouvait pas être obtenu sans avoir franchi les deux escaliers, c’est-à -dire, le PPTE et les contraintes majeurs des institutions philanthropiques. Mais l’obtention du 10ème FED va pallier à beaucoup d’insuffisances.
A part, les infrastructures routières, quels sont les secteurs qui n’ont pas marché?
Par exemple, au point de vue agricole, je ne peux pas vous dire que le déficit est entièrement comblé mais des efforts sont visibles. Parce que le rendement par unité de surface a augmenté. Le secteur, le plus frappant c’est le secteur routier, qui n’a pas marché. Tous les autres secteurs, il y a eu des efforts approximatifs.
Malgré l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, le citoyen ordinaire ne ressent pas les retombées économiques?
Le citoyen lambda ne peut pas ressentir l’effet économique, parce qu’il y avait un gouffre à combler. Qu’est-ce qui ceux qui ont occasionné ce gouffre. Ce sont ceux là qui parlent aujourd’hui. Tous ces premiers ministres qui se sont succédé, qu’est-ce qu’ils ont laissé comme héritage. C’était un héritage lourd, qu’il fallait quand même équilibré. C’est cet équilibre qui est obtenu. Je ne dis pas que tout est rose mais il y a eu des efforts qui ont été faits.
On dit aussi que le nouveau code minier adopté a fait fuir les investisseurs
Le code minier n’a découragé personne. Les gens sont habitués à venir piller nos richesses et s’en aller. Mais aujourd’hui que ce secteur soit organisé, les prédateurs qui avaient l’habitude de venir piller et rentrer chez eux, vont se rétorquer, cela va de soit. Prenons le Zaïre [actuel Congo Kinshasa, ndlr.], un pays vachement riche, regardez le niveau de vie de citoyen Zaïrois, c’est déplorable. Les prédateurs qui sont habitués à piller les pays africains, s’ils trouvent que le pays a un code minier mais ils vont se retourner. Ça ne nous effraye pas. Mais il faut qu’il y ait des règlementations dans les différents secteurs, pour que la Guinée gagne.
Comment se porte le RPG arc-en-ciel après le départ de certains alliés de poids du second tour dont Lansana Kouyaté et Jean Marc Telliano?
Un allié, il y a une petite convention minimale qui vous lie. L’allié a son programme, le RPG a son programme. Entre les deux programmes, il y a des moments où il faut ensemble et des moments où il ne faut pas être ensemble. C’est un problème d’objectif. Donc, nous le départ de ces alliés ne dérangent nullement le RPG, parce que nous on s’est fait un objectif, nous avons notre programme d’actions. Maintenant, s’ils trouvent leur compte dans le programme, ils vont rester, s’ils ne trouvent pas, ils sont libres d’aller où ils veulent. C’est ce qui fut fait, ça ne nous dérange pas. Le RPG se porte bien et se portera bien.
Comment justifiez-vous le départ massif des vos alliés d’hier pour rejoindre l’opposition?
On ne sait pas, c’est à eux, il faut leur poser la question pourquoi ils sont venus et pourquoi ils sont partis?
Certains qui ont quitté votre alliance estiment que les engagements n’ont pas été respectés c’est notamment le cas de nombre des nominations.
On ne peut pas être plus roi que le roi. Ce n’est pas possible. On ne vient pas avec un allié avec des calculs forts. Quand tu viens vers une personne, tu ne peux pas te substituer à la personne. Tu viens avec une plate forme minimale, chacun préserve cette plate forme. Mais quand quelqu’un vient avec des calculs forts, tenez vous bien, si calculs ne tombent pas il va s’en aller. C’est vouloir avoir 20 à 30 places au niveau du gouvernement, or, nous ce n’était pas notre option. Le RPG c’est comme un squelette, tous les autres organes accompagnent le squelette. Donc, le squelette ne peut pas jouer le rôle du cÅ“ur, le cÅ“ur ne peut pas jouer le rôle du squelette. Mais toi tu veux jouer les deux rôles tu rates le squelette. Pour nous, les alliés sont venus avec des petits calculs. Ce sont ces calculs qui n’ont pas abouti. Alors c’est pourquoi, ils sont partis. Prenez la nomenclature du gouvernement, vous trouverez que le RPG est très peu représenté dans le gouvernement. Nous ce qui nous intéresse, c’est le Guinéen, ce n’est pas la tête de tel ou tel leader politique. C’est le Guinéen qui peut être utile à telle place, c’est ce qui nous intéresse, c’est ce qui fut fait. Notre option, c’est de réunir tous les Guinéens autour d’un idéal, qui est le développement de la Guinée. Nous ne cherchons pas à satisfaire les ambitions personnelles et individuelles des gens.
D’aucuns disent que vous partagez l’électorat de Haute Guinée avec Lansana Kouyaté. Sur le terrain, quel est le rapport de force entre vous et le PEDN de l’ancien premier ministre?
La Haute Guinée est comme le Fouta, la Forêt, la Basse Côte, c’est un champ d’action politique. Donc, c’est champ d’action politique, tous les partis politiques sont libres d’actionnés. Tous les partis politiques qui ont un programme appréciable se trouvent en Haute Guinée. Ce que je peux te dire, le RPG se porte bien en Haute Guinée, le RPG se porte bien au niveau de la Forêt, le RPG se porte bien en Basse Côte et un peu bien au Fouta. Nous cherchons à conquérir notre électorat de l’ensemble du pays. Nous n’avons pas de zones de prédilection absolues. Les résultats sont là , vous pouvez vous référer aux résultats. S’ils sont forts sur le terrain, les résultats sont là .
Que répondez-vous à vos détracteurs qui affirment qu’au lieu de créer des emplois, le régime a plutôt fait des chômeurs, c’est le cas de l’Usine de Fria et de la faillite de la SOTELGUI?
L’usine de Fria date de quelle année? C’est au temps du Pr. Alpha Condé que l’usine est créée?
Mais c’est à son temps que l’usine est fermée?
Si vous voulez c’est un processus qui a donné à ces résultats. Ce processus n’a pas commencé au temps du Pr. Alpha Condé. C’est la conséquence d’une mauvaise gestion. Nous avons trouvé ces problèmes en place. De toutes les façons que ça soit l’usine de Fria ou la SOTELGUI, c’est la conséquence d’une mauvaise gestion des années antérieures. Prenez l’usine de Fria, comment le dernier contrat a été ficelé, qui sait, sur quelle base? Depuis que ce contrat est signé entre Rusal et le gouvernement, quelles sont les retombées? Moi je ne peux pas répondre à cette question. On a hérité d’une situation qui allait en s’empirant. C’est la conséquence de 50 ans de mauvaise gestion, je peux dire approximativement 27 ou 28 ans de gestion.
La SOTELGUI c’est la même chose, c’est un problème de gestion. La chose s’est désagrégée ultimement pendant ces deux années mais c’est la conséquence d’une mauvaise gestion de 20, 21 ou de 18 ans etc. Moi j’ai voulu qu’on reformule la question autrement: à l’heure là quelles sont les dispositions que vous prenez pour redresser tel secteur. Nous avons trouvé que ce sont des sociétés désarticulées. On est en train de trouver des solutions adéquates, alors c’est notre souci. Nous savons que les choses sont en études pour relancer ce secteur, c’est la même chose pour Fria pour que les travailleurs puissent être dans des conditions descentes de vie.
Maintenant, comment expliquez-vous que le gouvernement n’a pas pu tenir tête des conséquences comme vous le dites de 50 ans de mauvaise gestion de ces entreprises?
Mon frère quand on prend un pays désarticulé dans tous les sens, on ne peut pas embrasser tous les secteurs en même temps et les faire revivre en même temps, ce n’est pas possible. Même si la volonté est là , si les moyens ne sont pas là , tu ne peux pas. La Guinée n’avait même des réserves de devise à la Banque à plus forte raison avoir des réserves de prévisions pour les programmes à court, moyen et long terme. Je pense que ce qui compte c’est la volonté politique de bien faire et ça ne manque pas au gouvernement du Pr. Alpha Condé.
L’opposition dénonce une politisation à outrance de l’administration, d’après elle, les préfets obligeraient les populations à adhérer au parti au pouvoir, ce qui serait selon eux l’origine des affrontements ethniques à Gueckédou. A votre avis, quelle est la cause réelle des violations de Gueckédou?
Ce que je peux vous dire, l’administration ne peut s’imposer à personne d’adhérer à un parti politique. Le choix de chacun est si tu veux individuel. Moi je suis convaincu de quelque chose, que ça soit de l’ancien régime ou que ça soit maintenant, on ne peut pas forcer quelqu’un d’adhérer à un parti, c’est invraisemblable surtout à l’époque où nous vivons. Le RPG dont je te parle est structuré dans l’ensemble. Ce sont les responsables locaux qui vont vers les militants, ce n’est pas l’administration, nous n’avons rien avoir avec l’administration.
Moi je ne suis pas informé de cette persécution en ce sens que quand on fait des lettres circulaires, ce n’est pas aux préfets qu’on envoie mais à nos responsables de base. C’est pour vous dire qu’on ne consulte l’administration que dans le cadre règlementaire.
Mais la population de Gueckédou réclame le départ du préfet, qu’en dites-vous?
Ça ne relève pas de leur obédience, un préfet est nommé par le Chef de l’Etat, c’est le Chef de l’Etat qui peut en juger l’opportunité ou pas.
Même si le préfet est contesté par la population qu’il est censé de gérer?
Le problème de Gueckédou, la réalité va être éclaircie après. Parce que nous avons que les politiciens sont à la base des soubresauts au niveau de Gueckédou. Ils ont donné de l’argent pour corrompre certains citoyens pour faire des actions. On connaît toutes ces réalités. Ce n’est pas une volonté populaire mais des manipulations politiciennes au niveau de Gueckédou. Les preuves déjà , ce sont les affrontements. Pourquoi ça ne s’est pas passé au niveau de certaines préfectures sauf Gueckédou, c’est parce que y a des leaders politiques qui se servent de la jeunesse naïve pour agir dans la rue, c’est ce qui est très regrettable. On a déploré trois morts, quand il s’agit d’une action de subversion, est-ce que les enfants de la rue sont devant la foule. Alors, c’est là qu’il faut prendre conscience. Les enfants de ces leaders sont à Paris, à Washingtons, etc. Vous êtes conscient effectivement que ce sont les leaders politiques dans leur irresponsabilité poussent la jeunesse innocent à l’action de contestation. De tout ce que je sais, ce que c’est une manipulation politicienne. Gueckédou n’a pas marché parce qu’il n’y a pas de manger ou parce que n’y a pas de courant ou d’eau. Mais, c’est une portion de Gueckédou qui a marché parce qu’elle est manipulée.
Une dernière question, à votre avis, la date de 12 mai 2013 est-elle tenable quant à l’organisation des législatives pour en finir avec la transition qui n’a que trop duré?
Si ceux qui ont la responsabilité de gérer le processus électoral ont dit que la date de 12 mai 2013 est possible, nous nous avons rien à dire, notre seul souhait que le processus soit transparent, responsable pour que les choses se passent dans des conditions normales et que les résultats soient acceptés de tous, des institutions internationales. Que les détracteurs se ressaisissent parce qu’il ne faut pas vouloir une chose et son contraire. On disait que les élections ont retardé et aujourd’hui on dit que la date est proche. Vouloir une chose et son contraire, cela veut dire qu’on ne sait pas ce qu’on veut.
Propos recueillis par Alpha Oumar Diallo pour Aminata.com
alphaayatoullah@yahoo.fr
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