Le temps : partenaire et adversaire du ministre Fall
Le nouveau chef de la diplomatie, au lendemain de son retour du sommet de la Francophonie à Kinshasa, où il a accompagné le chef de l’état, a été installé dans ses nouvelles anciennes fonctions de ministre des affaires étrangères. Comme cette rapide prise de fonction, François Fall devra tenir compte du facteur temps par rapport à ses ambitieux projets de réformes et d’assainissements de la vitrine internationale de la Guinée s’il veut réussir.
A la cérémonie de passation des services, le ministre rentrant (François Lonseny Fall) qualifié à juste titre de Maitre par le sortant, (Dr Edouard Gnankoye Loua), a livré ce diagnostic :
« Nul besoin de souligner la profondeur des maux qui gangrènent et paralysent notre appareil diplomatique, dont le constat peut se résumer en ceci :
• la vétusté, le délabrement et l’exigüité des locaux ;
• le manque de ressources financières ;
• la pléthore des effectifs, la sédentarisation et la non professionnalisation des agents ;
• la démotivation du personnel, notamment au niveau du département central ;
• L’annulation des arriérés dans les missions diplomatiques et consulaires ».
Après un tel constat si alarmant, à la limite de la honte, le nouveau ministre n’a d’autre choix que de redonner à la diplomatie guinéenne sa renommée d’antan en l’adaptant aux nouveaux enjeux mondiaux afin qu’elle réponde aux exigences actuelles. Dans cette optique il prévient et s’engage : « Autant de facteurs explicatifs de l’absence évidente de résultats, qui doit être mentionnée sans complaisance, aux fins de mesures correctives.
Pour matérialiser la politique de changement initiée par le Chef de l’Etat, redorer l’image de la Guinée dans le monde et assurer son retour sur la scène internationale, nous serons amenés à engager une série de réformes en vue d’une plus grande rationalité et efficacité. »
Comme le reconnait le nouveau ministre des affaires étrangères, sa nomination rend encore plus coercitives les attentes déjà nombreuses et complexes portées sur la diplomatie guinéenne. Expert dans la diplomatie, personne ne comprendra demain que Fall ne trouve pas de nouveaux horizons de coopération, ne réussisse pas la mue d’une diplomatie sans objet à une diplomatie économiquement favorable à la Guinée, surtout à un moment « où notre pays s’est engagé dans une vaste et ambitieuse politique de réalisation de mégaprojets dans des domaines aussi importants que l’énergie, les mines et l’agriculture… »
Pour l’atteinte de ces objectifs nouveaux et productifs, le ministre n’a pas mille chemins. Il suffit de mettre en œuvre ce solennel engagement : « L’excellent projet de restructuration des missions diplomatiques déjà entrepris sous votre impulsion, constituera le bréviaire pour procéder, sous la haute direction de Monsieur le Président de la République, à une diminution significative du personnel diplomatique à l’étranger dans un premier temps, et, par la suite, au redéploiement d’un personnel réduit, choisi sur les seuls critères de la compétence et de l’expérience ».
A partir de là , le ministre prouve qu’il est assez imprégné des désordres provoqués par ses prédécesseurs successifs. Le 16 octobre dernier, lors de son premier conseil de cabinet (disparu des mœurs aux affaires étrangères depuis des années), Fall a été plus incisif : « Je n’ai pas retrouvé le ministère que j’ai laissé ici en partant, en 2004 ».
En effet, ces dernières années ont été caractérisées par un affaissement diplomatique de la Guinée. Chaque ministre des affaires œuvrant plutôt à placer les siens dans les missions diplomatiques qu’à faire bénéficier le pays des opportunités dont profitent nos voisins à la barbe et au nez des diplomates guinéens plus affairistes que jamais. Cette gangrène, le ministre Fall s’engage à la guérir.
Mission à priori à sa portée puisque le diagnostic posé est logique. S’attaquer à la pléthore qui ne se justifie pas dans les ambassades est une priorité absolue. Cette œuvre de réforme importante devra être compléter par un grand chantier qui consiste à en finir avec le système de sédentarisation institutionnalisé par ses prédécesseurs. Comme tous les pays qui se respectent, le ministre François Fall trouve important : ‘’l’application des différents décrets sur l’organisation de la carrière diplomatique, de même que la qualification de nos méthodes de travail dans le fonctionnement harmonieux du département central et de ses relations avec nos services extérieurs’’.
Ces options, dit-il à juste titre, « détermineront, pour une grande part, le nouveau départ auquel nous aspirons tous et l’atteinte des objectifs assignés à notre politique étrangère » En effet, le respect rigoureux de la durée ou des délais définis pour chaque catégorie ou statut de diplomate dans une mission reste un impératif que le ministre n’entend pas déroger. En effet, les effets et conséquences négatives de cette politique ont gravement affecté l’image de la Guinée dans certains pays ces derniers temps. L’équipe sortante, en mettant l’accent sur la systématisation des chargés d’affaires et en portant souvent le choix sur des personnes de faible moralité pour assurer cette stratégique intérimaire mission, s’est rendue coupable de nombreux actes indignes de notre pays. C’est le cas du flagrant détournement opéré en Belgique. Promu avec complaisance et contre toute logique, au rang de chargé d’affaires, après le rappel forcé de l’ambassadeur Ahmed Tidjane Sacko pour des besoins de la cause, l’abstentionniste Amir Sampil et le financier ont poussé l’outrecuidance jusqu’à solder le compte de l’ambassade au moment même où le nouvel ambassadeur, Dr Ousmane Sylla venait prendre fonction.
A Abidjan, Brasilia, Malabo, Rabat, Freetown, Londres, l’affairisme a pris le pas sur la diplomatie avec le remplacement manu militari des ambassadeurs par des chargés d’affaires au service exclusif des chefs du département. Cet affairisme béant et affreux, est un chantier sur lequel le ministre Fall aura besoin de toutes ses forces. Et sur ce dossier comme sur d’autres, son partenaire et son adversaire demeure le temps. L’urgence donc s’impose pour passer à la vitesse supérieure. Seule arme susceptible de laisser sur le carreau les antis réformistes.
Zoom d’Aminata.com



















































































































































































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