Tenir les promesses de développement de l’Afrique
Près d’une décennie après son lancement, pour les promoteurs du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), l’heure est aux premiers bilans. “Pas mal de choses ont été accomplies”, affirme Ibrahim Assane Mayaki, Président du Secrétariat du principal projet de développement du continent. Dans un entretien accordé à Afrique Renouveau, il reconnaît toutefois qu’au cours des huit années d’existence, le NEPAD a connu “des hauts et des bas” et que les défis à venir sont énormes.
A certains égards, note-t-il, la première étape de la mise en place du NEPAD a été “expérimentale”, offrant aux gouvernements, aux organisations régionales et aux partenaires internationaux la possibilité d’appliquer de nouvelles idées pour lutter contre la misère, consolider les économies fragiles et renforcer les systèmes politiques instables du continent. A l’heure actuelle, ayant acquis une meilleure vision de la direction à suivre sur les plans politique et du développement, l’Afrique doit montrer des résultats concrets. “Il nous faut tenir nos promesses sur le terrain, c’est là qu’on sera attendu”, analyse M. Mayaki.
Le NEPAD a été adopté en 2001 à l’occasion d’un Sommet des Chefs d’Etat africains. Le plan réaffirme la détermination des peuples africains “de s’extirper et d’extirper le continent du malaise du sous-développement à l’heure de la mondialisation”. Sur le plan continental, le NEPAD encourage la mise en place de sociétés plus démocratiques et le respect des droits de l’homme, l’intensification des échanges commerciaux et d’autres liens économiques entre les pays africains, et la mobilisation croissante des ressources nationales pour le développement des activités rentables et l’amélioration des conditions de vie.
Des campagnes à l’école
Le Programme intégré pour le développement de l’agriculture en Afrique est un exemple de la contribution du NEPAD à l’adoption de politiques économiques plus efficaces sur le continent. Lancé en 2003, ce Programme se propose d’accroître le rendement agricole dans des conditions environnementales durables en vue d’assurer la sécurité alimentaire, de fournir plus de matières premières aux industries du continent et d’augmenter les revenus dans les zones rurales.
Le programme réaffirme l’engagement des gouvernements africains à consacrer au moins 10% de leurs budgets à l’agriculture. “A vrai dire, cet objectif n’a pas été atteint comme il faut”, déplore M. Mayaki.
Il prévoit toutefois que l’augmentation des revenus agricoles et la création de conditions économiques favorables dans les campagnes africaines contribueront considérablement, à long terme, à la stabilité politique du continent. En proposant des emplois aux jeunes, les gouvernements africains renforceront leurs institutions politiques. “Faute de quoi”, prévient-il, “ils risquent de se retrouver avec une bombe politique sur les bras”.
Le patron du NEPAD précise également que de nouveaux programmes et projets ont été lancés récemment dans le cadre du NEPAD. Ils visent notamment à accélérer le développement du continent, à l’instar de la construction à Uhurunet d’un câble sous-marin pour la somme de 1,4 milliard de dollars. Uhurunet rendra accessible l’internet à haut débit dans tous les pays côtiers et insulaires d’Afrique d’ici à la fin de l’année 2010.
Mobilisation des ressources naturelles
Le développement des infrastructures de l’Afrique – routes, voies ferrées, ports, réseaux électriques, stations de pompage et réseaux de communication, est une autre priorité du NEPAD, celles-ci étant indispensables à l’essor des secteurs industriels, des petites entreprises et de l’industrie agricole du continent.
La mise en place de ces grands projets est toutefois extrêmement coûteuse. Une étude récemment publiée par la Banque mondiale estime qu’il faudrait quelque 80 milliards de dollars par an pour combler “l’écart structurel ” de l’Afrique. Une partie de ce montant doit provenir des donateurs et des investisseurs étrangers. En 2008, les annonces de contribution des membres d’un consortium pour l’infrastructure de l’Afrique ont atteint 13,7 milliards de dollars, en hausse par rapport aux 12,4 milliards annoncés l’année précédente.
Le ralentissement économique mondial rend toutefois improbables les chances de réunir de telles sommes. “Compte tenu de l’importance des ressources nécessaires à la réalisation de ces projets, on aura certainement des problèmes”, prévoit M. Mayaki.
Ces difficultés rendent plus impérieuse encore la nécessité d’une utilisation plus judicieuse des ressources de financement africaines. D’après M. Mayaki, ces ressources existent pourtant. En effet, l’Afrique importe tous les ans pour 40 milliards de dollars de produits alimentaires. La mise en place de meilleures politiques agricoles et l’investissement d’un petit pourcentage de ce montant dans des pratiques agricoles plus efficaces devraient permettre à l’Afrique de cultiver davantage, réduisant sensiblement la facture des importations et permettant même de dégager des bénéfices grâce aux exportations alimentaires. Par ailleurs, fait-il remarquer, la fuite des capitaux coûte à l’Afrique quelque 30 milliards de dollars par an, dont 20 milliards proviennent de la corruption. Enrayer ce fléau et empêcher que ces montants faramineux ne finissent dans des comptes bancaires étrangers devraient permettre aux pays africains de disposer de plus d’argent à investir dans l’infrastructure nationale et la satisfaction d’autres besoins prioritaires.
Prise de responsabilité élargie
Le Sommet des Chefs d’Etat africains de 2007 a décidé de renforcer l’intégration du NEPAD dans l’Union africaine (UA). Ils ont prévu le remplacement du Secrétariat du NEPAD par une nouvelle agence de planification et de coordination du NEPAD, processus qui devrait être achevé en 2010. Cette nouvelle institution gardera son siège en Afrique du Sud, mais désormais comme partie intégrante du NEPAD. De fait, M. Mayaki est à la fois Président du NEPAD et représentant en Afrique du Sud du Président de la Commission de l’UA.
Afrique Renouveau a demandé à M. Mayaki si l’intégration plus étroite du NEPAD dans l’UA correspondait à la volonté de susciter un engagement politique plus large du continent dans le fonctionnement du NEPAD, notamment à un moment où plusieurs de ses partisans de la première heure, comme le Président Olusegun Obasanjo du Nigéria et le Président Thabo Mbeki de l’Afrique du Sud ne sont plus au pouvoir.
L’impulsion donnée par ces dirigeants au lancement du NEPAD « a été absolument indispensable” à l’époque, a dit M. Mayaki. Autrement, le NEPAD n’aurait pas été pris au sérieux. A présent nous sommes dans une phase d’élargissement, pour faire passer le NEPAD sous la tutelle des 53 pays de l’Union africaine”.
Cette phase ne va pas toutefois sans difficulté. “Il nous faudra être davantage présents et il nous faudra tenir nos promesses partout où nous sommes”, a-t-il conclu.
Source : Afrique Renouveau des Nations Unies
www.un.org/AfricaRenewal
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