Interview Exclusive de M. Sidya Touré, Ancien Premier Ministre, Président de lâUFR
Mise à jour le Jeudi, 04 Octobre 2007 15:34
"Apparemment il n’y a pas encore eu un accord. Il y a un premier jet. De ce qui m’a été rapporté, il s’agit de nommer un Premier Ministre avec des pouvoirs qui n’ont rien avoir des pouvoirs d’un Premier Ministre, Chef de Gouvernement. Il s’agit un peu d’une Primature comme celle que j’ai exercée en 1996, avec une lettre de mission. Mais, une lettre de mission n’a aucune valeur juridique. Je crois qu’il fallait tout simplement s’inspirer des constitutions des pays limitrophes : le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, pour définir les fonctions avec les prérogatives du Premier Ministre et de son Gouvernement dans le cadre de la Constitution", déclare M. Sidya Touré, ancien Premier Ministre de Guinée.
AMINATA.COM : Un accord a été trouvé entre l’Inter-Centrale et les institutions Républicaines pour la nomination d’un Premier Ministre. Que pensez-vous ?
Sidya TOURE : Apparemment il n’y a pas encore eu un accord. Il y a un premier jet. De ce qui m’a été rapporté, il s’agit de nommer un Premier Ministre avec des pouvoirs qui n’ont rien avoir des pouvoirs d’un Premier Ministre, Chef de Gouvernement. Il s’agit un peu d’une Primature comme celle que j’ai exercée en 1996, avec une lettre de mission. Mais, une lettre de mission n’a aucune valeur juridique. Je crois qu’il fallait tout simplement s’inspirer des constitutions des pays limitrophes : le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, pour définir les fonctions avec prérogatives du Premier Ministre et de son Gouvernement dans le cadre de la Constitution. Ce qui permettre d’avoir une tête de Gouvernement qui aura l’autorité nécessaire pour faire fonctionner cette machine gouvernementale dans le contexte guinéen actuel.
AMINATA.COM : Dans ce cas, peut-on parler de fiasco ?
Sidya TOURE : Il s’agit d’un premier jet. Tout simplement, je dis que si on s’oriente vers cela, ça n’a rien avoir avec ce qui a été demandé. Un Premier Ministre, Chef de Gouvernement doit avoir une fonction définie clairement dans la Constitution. Ce qui lui donne des prérogatives claires, une mission claire avec la possibilité de gérer l’Administration, même quand le Chef de l’Etat est absent. Si on a pas cela, on est passé à côté de la plaque. C’est clair !
AMINATA.COM : Michel Kamano affirmait hier sur RFI que ce n’est pas prévu par la Constitution. Votre opinion ?
Sidya TOURE : Je ne sais pas ce que ça veut dire. La discussion qui a lieu actuellement est de modifier la Constitution. Alors, ça veut dire quoi, c’est pas prévu ? Nous savons que ce n’est pas prévu. Mais, toute la discussion consiste à ce que cela soit prévu dans la Constitution. Un décret du Président de la République chargé de convoquer l’Assemblée Nationale pour évoquer ce texte, et de le promulguer suffit. Je ne vois pas très bien ce qu’il veut dire. C’est pas prévu, bien sûr que c’est pas prévu. On cherche à le prévoir. C’est l’objectif de la négociation.
AMINATA.COM : Que dites-vous de la suite des négociations qui se passe actuellement entre l’Inter-Centrale et les Institutions de la République ?
Sidya TOURE : Il faut qu’une révision constitutionnelle intervienne dans les jours à venir, pour nommer le chef de Gouvernement pour sortir de la crise ou la situation dans le pays n’évoluera pas. Et ça je peux vous le garantir.
AMINATA.COM : Avez-vous été consulté, associé, vous partis politiques par l’Inter6Centrale pour la négociation avec les médiateurs du Chef de l’Etat ?
Sidya TOURE : De manière officielle, non ! Nous avons souhaité que cette dernière discussion, dans la mesure où, les religieux étaient impliqués, on aurait pu impliquer la société civile et les partis politiques, ça aurait permis d’avoir un panel beaucoup plus large, et obtenir quelque chose de plus consensuelle. Mais, je crois que ceux qui n’avaient pas intérêt à faire avancer les choses, ont bloqué la négociation à ce niveau où, il est. Et ça, nous avons un problème.
AMINATA.COM : Si le futur Premier Ministre qu’on a souhaité être de consensus, est nommé par le Président Conté, est-ce qu’on est pas en face d’un problème sérieux ?
Sidya TOURE : Dans ce cas, il n’y a aucune évolution. Nous sommes complètement en dehors du cadre de ce qui semblait être l’objet de la négociation. Nous avons pensé chercher un Chef de Gouvernement, qui soit consensuel, c’est à dire, quelqu’un qui aurait été nommé en dehors des partis politiques, et qui pourrait venir notamment de la société civile. Ce qui aurait permis d’avoir quelque chose autour de lui, et tout le monde aurait pu pousser à ce que ce dernier fasse un travail qui nous permette de sortir de la crise. Si ce n’est pas le cas, un haut fonctionnaire ou un Ministre qui sera là, le changement d’attributions peut intervenir à tout moment. Il n’aura pas la latitude de former son Gouvernement. Donc, il va y avoir encore des clans. Il n’aura pas la latitude de prendre les décisions, obligé d’attendre à tout moment. Dans tous les cas de figure, il ne pourra pas lutter contre la corruption, licencier les fonctionnaires corrompus, il ne pourra pas surveiller la Banque Centrale. Je ne vois pas bien ce que ça donne, ça ne donnera rien. Il se retrouvera exactement dans les mêmes dispositions que Cellou Dalein Diallo ou François Lounceny Fall.
AMINATA.COM : Optimiste ? Pessimiste ?
Sidya TOURE : Non, je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. Aujourd’hui, c’est la population qui a repris à son compte, les demandes pressantes qui se font sentir à travers tout le pays. Dans tous les quartiers de Conakry. Si la population observe, qu’elle ne trouve pas du tout son compte dans ce qui se décide actuellement, dans les jours à venir, je crois que nous allons avoir des problèmes avec certaines populations. Aujourd’hui, il y a un changement radical dans ce pays, c’est que les Guinéens ont pris conscience de ce qu’ils peuvent changer leur situation, leur destin eux-mêmes. Alors, si certains pensent qu’on peut continuer à s’amuser avec çà, en louvoyant, en faisant semblant de faire des choses et qui donnent l’illusion d’aller de l’avant, cela, je dis, on le verra très rapidement dans le manque de changement des niveaux de vie, de la situation de l’environnement, ce qui va entraîner les jeunes et notamment le reste de la population générale, de revendiquer et de demander que les choses se mettent en place. Je ne suis pas pessimiste dans la mesure où, la dernière décision, la décision finale l’appartiendrait.
AMINATA.COM : Hier, les rumeurs les plus folles ont parcouru dans tout Conakry, à l’intérieur du pays et jusqu’à l’étranger, parlant de votre nomination au Poste de Premier Ministre. Ce qui a conduit aux manifestations de réjouissance partout, jusque devant votre résidence, prise d’assaut par des centaines de personnes en délire.
Sidya TOURE : J’ai appris ça comme tout le monde. J’ai vu une foule débarquer à la maison, et au même moment on m’a appelé pour me dire qu’il y avait la même situation dans les différents quartiers de Conakry. Notamment à Nyèngèma, Madina, Cosa et autres. Je dois dire que j’étais surpris, dans la mesure où, on a même pas fini de définir le cadre de nomination de ce dit Premier Ministre. La deuxième chose, comme je le disais tantôt, nous souhaitons que ce soit une personnalité consensuelle, mieux, qui ne soit pas membre d’un parti politique. A cet effet, je dirai que je ne suis pas candidat à ce poste.
Par ailleurs, je me réjouis de constater que beaucoup de personnes à Conakry, à l’intérieur du pays et à l’étranger dans la Communauté guinéenne, ont pensé que l’expérience qu’on avait faite ensemble il y a dix ans, pouvait être renouvelée. Malheureusement, le contexte n’est pas le même. Je crois que là, nous allons vers un consensus pou aboutir à des élections. Ce qui est souhaitable, que ce soit une personnalité neutre qui fasse le travail.
Propos recueillis par Paul Moussa DIAWARA
E-mail : pmoussa@aminata.com, pauldiawara@yahoo.fr| < Précédent | Suivant > |
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