Tuesday, May 21, 2013

25 janvier 1971: les enfants des victimes du camp Boiro se souviennent…

Posted on January 25, 2013
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Comme à l’accoutumée, chaque année, l’Association des enfants des victimes du camp Boiro, commémorent les pendaisons des prisonniers politiques qui avaient eu lieu le 25 janvier 1971 à Conakry et dans les Préfectures de l’intérieur du pays. C’est ainsi que dans la matinée du de ce vendredi 25 janvier courant, les membres de cette association se sont donnés rendez-vous au pont 8 novembre pour ce devoir de mémoire.

La particularité de la cérémonie de cette année, contrairement aux années précédentes, il n y a pas eu de dépôt de gerbe de fleurs. Mais on notait la présence du Ministre des Droits de l’homme et des libertés publiques, Gassama Diaby, le représentant de l’union européenne et l’ambassadeur de la Grande Bretagne en Guinée.

 

Dans son allocution de circonstance, le Président de cette association Dr. Fodé Maréga a laissé entendre que ces exécutions étaient ordonnées par le sanguinaire Sékou Touré. Deux mois après l’agression portugaise du 22 novembre 1970, tous les accusés de collaborer avec l’ennemi portugais, sous le nom de cinquième colonne, n’ont pas comparu à leur procès à plus forte raison d’être défendu par un avocat. Ils ont été jugés par l’Assemblée nationale érigée en tribunal populaire révolutionnaire par le premier Président de la Guinée indépendante.

D’après l’orateur, le tribunal révolutionnaire créé pour la circonstance avait prononcé à la veille de ces exécutions, le 24 janvier 1971, 30 condamnations à mort. Mais le lendemain, le 25 janvier de la même année, ce sont 80 Guinéens qui ont été pendus. Sans compter les exécutions par fusillades qui ont eu lieu le même jour à travers tout le pays, dont Hadja Loffo Camara, compagnon de l’indépendance et sage-femme de son état qui a été fusillée au stade de Matoto, dans la banlieue de Conakry.

 

A l’en croire, ces accusés ont été condamnés après la lecture des aveux non pas issus des accusés, mais rédigés par leurs geôliers enregistrés au camp Boiro. Et ce, après des traitements inhumains et dégradants.

” La torture n’aurait pas encore disparu si l’on s’en tient aux différentes déclarations des prévenus dans le procès de l’attaque de la résidence de Alpha Condé sis à Kipé. Ces pendaisons ont donné lieu à des scènes insupportables pour et par le peuple croyant de Guinée”, a-t-il précisé.

Et de poursuivre ” les pendus du pont Tombo ou 8 novembre que sont Baldé Ousmane, Gouverneur de la Banque Centrale, financier et monétariste dont Sékou Touré lui-même avait reconnu le génie comme artisan de la stabilité monnaie guinéenne dans les années 60, Barry III, artisan de l’indépendance et du plan triennal, Keita Kara desoufiane, jeune Commissaire de police dont le fils aîné sera arrêté par la suite et Moriba Magassouba, compagnon de l’indépendance et Ministre, tous, pieds nus, vêtus d’une simple chemise et d’une culotte grossière, avaient été torturés pendant deux mois. Leurs corps livides et décharnés, la langue tirée comme des bêtes égorgées, ont offert un spectacle inouï aux populations, y compris des enfants des écoles, conduits de force sous les potences par la milice populaire. Les spectateurs ahuris cachaient leur épouvante en dansant sous les cadavres. Certains s’amusaient même à l’aide des perches, à faire tourner dans tous les sens les dépouilles accrochées…”

En outre il souhaite le changement de notre rapport à l’histoire. Pour mieux étayer ses propos, il dira:” …nous devons regarder notre histoire en face, dans sa gloire comme dans ses horreurs. Nous ne devons pas nous gargariser de notre passé glorieux et banaliser les actes odieux qui l’ont émaillé”.

 

S’adressant au Président de la République, il a invité le Pr. Alpha Condé, lui-même qui avait été condamné à mort par contumace par le régime de Sékou Touré, il est donc bien placé pour sentir l’immense tort qui lui a été fait. Sachant que Chef de l’Etat Guinéen a engagé un processus de réconciliation nationale et cite volontiers les atrocités du camp Boiro parmi les grandes tragédies de l’histoire de la Guinée indépendante. “Comment la réconciliation souhaitée pourrait-elle avoir lieu si l’on ne disait pas enfin solennellement la vérité sur le camp boiro et si la justice n’est pas rendue?”, s’est-il interrogé. Avant d’ajouter: “Si votre condamnation à mort par contumace était une injustice, vous conviendrez avec nous que le camp Boiro fut le symbole de l’injustice et des crimes odieux relevant surement de crimes contre l’humanité”.

Pour conclure, il a émis le souhait de voir les autorités de la troisième République déclarer nulles et non avenues les sentences du tribunal populaire révolutionnaire puisqu’elles ne répondaient pas aux normes du droit, parce que prononcée par une instance extra judiciaire. Ensuite réhabiliter les victimes de ce système à titre posthume, non seulement pour laver leur mémoire mais aussi laver les familles de l’humiliation infligée injustement. Car l’unité nationale et la cohésion sociale dans ce pays, ne sera une réalité que lorsque les victimes de la répression et de l’intolérance politique depuis l’indépendance jusqu’à nos jours seront réhabilités pour que plus jamais çà.

 

Bah Ibrahima Gallé, Aminata.com
64-04-07-70
gallebah@gmail.com

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